N’Djamena a reçu, lundi, une visite qui ne passe pas inaperçue. La capitale tchadienne a été le théâtre d’un échange stratégique entre la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et une émissaire onusienne venue examiner de près les réalités d’un fléau mondial : la traite des êtres humains.
À la tête de la délégation internationale, Siobhán Mullally, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la traite des personnes, effectue sa toute première mission officielle au Tchad. Objectif affiché : dresser un état des lieux sans complaisance, écouter les acteurs institutionnels et formuler des recommandations concrètes pour enrayer un phénomène qui prospère dans les zones d’ombre.
Face à elle, le président de la CNDH, Belngar Larmé Jacques, a reconnu l’ampleur des défis. Si les textes existent, leur application demeure un combat quotidien. Derrière les chiffres, des visages : enfants employés comme bouviers loin de leurs familles, adolescents envoyés sur des sites d’orpaillage au péril de leur santé, jeunes filles exploitées comme domestiques dans la capitale. À cela s’ajoutent les enlèvements contre rançon et la persistance des mutilations génitales féminines, pratiques qui continuent d’ébranler le tissu social.
La mission onusienne s’intéresse particulièrement aux formes invisibles d’exploitation : mariages forcés, travail contraint, exploitation sexuelle. Les réfugiés et migrants, nombreux dans cette région marquée par l’instabilité, figurent parmi les plus vulnérables. Les crises sécuritaires au Sahel et en Afrique centrale alimentent des réseaux transfrontaliers difficiles à démanteler.
Au terme de sa visite, la Rapporteure spéciale prévoit de rendre publiques ses premières observations avant de transmettre un rapport détaillé aux autorités tchadiennes et au système des Nations Unies. Parmi les axes attendus : un meilleur accès à la justice pour les femmes et les enfants, le renforcement des mécanismes de protection et la lutte contre les complicités et la corruption qui entravent les poursuites.
Au-delà du protocole, cette rencontre envoie un signal politique. Elle traduit la volonté des autorités tchadiennes d’ouvrir le dialogue et d’aligner davantage leurs politiques publiques sur les standards internationaux en matière de droits humains. Reste à transformer l’écoute en action durable.
Car derrière les déclarations officielles, une réalité persiste : la traite des êtres humains n’est pas une abstraction juridique, mais une urgence sociale. Et c’est à l’épreuve des faits que se mesurera l’engagement affiché.
La Rédaction



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