Visite officielle du général Tiani en Algérie : réconciliation stratégique et prise de distance avec Goïta
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Visite officielle du général Tiani en Algérie : réconciliation stratégique et prise de distance avec Goïta

La visite officielle du chef de l’État nigérien, Abdourahmane Tiani, entamée ce week-end en Algérie, marque un tournant majeur dans la géopolitique sahélienne. Moins d’un an après la rupture provoquée par le coup d’État de juillet 2023, Niamey et Alger relancent un dialogue stratégique jusque-là gelé. Mais c’est une phrase prononcée lundi par Tiani qui a donné le ton du rapprochement.

« Aucun Africain ne peut imaginer que l’Algérie, qui a souffert plus d’un siècle du colonialisme, permettrait que son territoire serve à attaquer une nation africaine sœur. »

Une déclaration très politique, interprétée comme une mise à distance implicite du colonel Assimi Goïta, figure dominante de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Après avoir condamné le putsch à Niamey, l’Algérie s’était opposée à toute intervention militaire extérieure et réclamait un retour constitutionnel. Les nouvelles autorités nigériennes y voyaient alors une ingérence. Mais les rapports de force régionaux ont évolué : retrait des forces occidentales, isolement accru des juntes, montée des acteurs extra-africains. Résultat : Niamey réactive un canal indispensable avec Alger, acteur clé de la lutte antiterroriste et de la médiation au Sahel.

En convoquant la mémoire coloniale algérienne, Tiani cherche à rassurer et à humaniser la relation. Message à Alger : le Niger ne s’inscrit pas dans une logique hostile, malgré son intégration dans l’AES, parfois accusée d’être trop alignée sur Moscou.

Sans rompre avec l’alliance qu’il forme avec le Mali et le Burkina Faso, Tiani dessine une ligne plus nuancée : Niamey veut diversifier ses partenariats et ne pas dépendre d’un seul axe, qu’il soit malien ou non-africain. Cette prudence tranche avec la posture plus tranchée de Goïta, qui a récemment durci son discours contre toute médiation extérieure, y compris algérienne.

L’allusion à l’impossibilité pour l’Algérie d’être utilisée contre un pays africain résonne en toile de fond des tensions entre Alger et Bamako, exacerbées depuis la dénonciation par le Mali des accords d’Alger de 2015. En se montrant conciliant avec Alger, Tiani indique que les intérêts du Niger ne se confondent pas automatiquement avec ceux du Mali, et que Niamey ne cautionnera aucune stratégie apparaissant comme hostile à son voisin du nord.

Cette reprise de contact intervient dans un contexte de recomposition rapide du Sahel. Au menu des discussions :

  • Sécurité transfrontalière : l’Algérie demeure un pivot dans la lutte contre les groupes armés circulant entre Sud algérien, Nord malien et Ouest nigérien.
  • Énergie : le projet de gazoduc transsaharien, reliant Nigeria, Niger et Algérie, pourrait être relancé vers les marchés européens.
  • Influence régionale : Alger veut réaffirmer son rôle de médiateur, tandis que Niamey cherche à rompre son isolement diplomatique.

En tendant la main à l’Algérie tout en laissant entendre qu’il n’est pas lié pied et poing liés à l’AES, Tiani tente de replacer le Niger dans une posture souveraine et pragmatique.

Un geste hautement stratégique, qui :
• allège les tensions régionales,
• signale la fin des alignements rigides,
• et réaffirme la volonté de Niamey de garder une marge d’autonomie diplomatique.

Reste à savoir si cette ouverture marque un véritable virage stratégique ou une manœuvre tactique. Les prochains jours en diront davantage.

MBAÏLEDE Trésor

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