Washington a franchi une nouvelle étape dans son opposition frontale à la Cour pénale internationale (CPI). Le mercredi 20 août, le département du Trésor américain a annoncé des sanctions ciblées contre quatre magistrats de la juridiction de La Haye, accusés par les États-Unis de mener des « démarches politisées et illégitimes » contre des responsables israéliens.
En réaction aux investigations de la CPI sur la situation en Palestine, l’administration américaine a choisi de frapper personnellement les magistrats impliqués. Les mesures adoptées prévoient le gel de leurs éventuels avoirs aux États-Unis, l’interdiction d’y voyager et l’interdiction de toute transaction avec des ressortissants américains.
Cette stratégie n’est pas inédite : en 2020, l’administration Trump avait déjà sanctionné la procureure Fatou Bensouda et un haut responsable de son bureau, après l’ouverture d’une enquête sur les crimes commis par les forces américaines en Afghanistan.
La réaction de La Haye a été immédiate. Dans un communiqué publié mercredi soir, la Cour pénale internationale a dénoncé une « attaque flagrante contre son indépendance », rappelant que ses enquêtes se poursuivraient « de manière impartiale et conformément au droit international ».
Pour de nombreux juristes, la décision de Washington constitue une ingérence directe dans le travail de la justice internationale, dont l’indépendance est censée être protégée de toute pression politique.
Au-delà du seul dossier israélo-palestinien, cet épisode illustre une tension plus profonde : celle de la place de la justice internationale face aux grandes puissances. Les États-Unis, qui n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, refusent que leurs ressortissants ou leurs alliés soient soumis à la juridiction de la CPI.
Avec ces nouvelles sanctions, Washington confirme sa volonté de protéger Israël de toute poursuite internationale. Mais ce choix alimente aussi un débat fondamental : la justice internationale peut-elle rester crédible et universelle si certains États puissants s’excluent du champ de ses investigations ?
En opposant ses leviers économiques et diplomatiques à l’action des juges, Washington met en lumière le dilemme central de la justice pénale internationale : sa capacité à juger les crimes de guerre « sans distinction », quels que soient la nationalité ou le statut des auteurs présumés.
La Rédaction