La plus haute juridiction du pays s’apprête à examiner, ce jeudi 21 mai 2026, le pourvoi en cassation introduit par la défense de l’ancien Premier ministre et figure majeure de l’opposition tchadienne. L’audience, inscrite au rôle de la Chambre judiciaire pénale, représente une étape décisive dans un dossier qui, depuis un an, cristallise tensions politiques, préoccupations diplomatiques et interrogations sur l’indépendance de la justice.
Le pourvoi vise l’arrêt criminel rendu le 9 août 2025 par la Cour d’appel de N’Djamena, qui avait condamné l’opposant à 20 ans de réclusion et à une lourde amende, retenant notamment la « diffusion de messages haineux » et la « complicité de meurtre » après les violences meurtrières de Mandakao ayant fait plus de quarante victimes.
La défense continue d’affirmer que la procédure repose sur des éléments fragiles et qu’elle s’inscrit dans un contexte de durcissement politique. Le collectif d’avocats, conduit par Me Kadjilembaye Francis, dénonce depuis le verdict une décision « entachée de graves irrégularités ».
Arrêté le 16 mai 2025 à son domicile, l’ancien chef du gouvernement a toujours rejeté les faits qui lui sont reprochés. Son procès, mené tambour battant en quatre jours, avait suscité de vives critiques tant au sein de l’opposition que parmi les organisations de défense des droits humains.
Les déclarations en ‘‘ngambaye’’ au cœur de l’affaire, interprétées par l’accusation comme une incitation à l’armement, ont été présentées par la défense comme sorties de leur contexte et utilisées pour justifier une répression politique.
L’affaire intervient dans une période où l’espace politique tchadien se rétrécit. Les partisans du parti d’opposition Les Transformateurs affirment avoir été la cible de pressions répétées depuis l’élection présidentielle de 2024, au cours de laquelle leur leader avait affronté Mahamat Idriss Déby Itno.
Plus récemment, huit autres responsables de l’opposition ont été condamnés à huit ans de prison pour « rébellion » après une tentative de manifestation interdite, ajoutant à un climat déjà tendu.
La Cour suprême ne se prononcera pas sur le fond, mais sur la conformité légale de la décision contestée. Pour la défense, l’enjeu est clair : démontrer que la procédure ayant conduit à la condamnation est entachée d’irrégularités et que l’arrêt d’appel doit être annulé.
Un an après l’arrestation qui avait secoué la scène politique, le dossier revient donc au premier plan. L’audience de ce 21 mai, très attendue, pourrait marquer un tournant majeur soit en confirmant la ligne dure suivie jusque-là, soit en ouvrant la voie à un réexamen complet de l’affaire.
La Rédaction



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