La bataille politique camerounaise franchit une nouvelle frontière. Plusieurs mois après la contestée élection présidentielle du 12 octobre 2025, l’ancien ministre et opposant Issa Tchiroma Bakary a décidé de porter son combat sur la scène judiciaire internationale en saisissant la justice française contre le président Paul Biya et plusieurs hauts responsables de l’État.
Installé en exil en Gambie depuis son départ du Cameroun, l’ancien candidat à la magistrature suprême accuse les autorités camerounaises d’avoir orchestré une vaste campagne de répression à la suite des manifestations ayant suivi le scrutin présidentiel. Selon des informations relayées par Radio France Internationale (RFI), deux plaintes ont été déposées devant le tribunal judiciaire de Paris sur le fondement du principe de compétence universelle.
Au cœur de cette démarche figurent de graves allégations portant sur des arrestations massives, des détentions arbitraires et des atteintes aux droits fondamentaux. Issa Tchiroma affirme que plusieurs milliers de citoyens camerounais seraient encore détenus dans différentes prisons du pays dans des conditions qu’il juge contraires aux normes internationales relatives aux droits humains.
Les plaintes ne visent pas uniquement le chef de l’État. Une vingtaine de personnalités occupant des postes stratégiques au sein de l’appareil étatique sont également citées, notamment des membres du gouvernement, des responsables des forces de défense et de sécurité ainsi que de hauts cadres de la présidence.
Pour l’opposant, cette initiative judiciaire constitue l’aboutissement d’un travail de documentation engagé immédiatement après le scrutin. Il affirme avoir mobilisé des équipes chargées de recueillir des témoignages, de collecter des éléments de preuve et d’identifier les différents niveaux de responsabilité, depuis les décideurs jusqu’aux exécutants présumés.
Si la procédure suscite déjà de nombreuses réactions, son issue demeure incertaine. Des spécialistes du droit international rappellent que les dossiers fondés sur la compétence universelle sont souvent complexes et nécessitent de longues années d’instruction avant d’aboutir à d’éventuelles poursuites. Toutefois, cette voie juridique permet théoriquement à certaines juridictions étrangères d’examiner des faits considérés comme particulièrement graves, indépendamment du lieu où ils auraient été commis.
Les conseils d’Issa Tchiroma présentent d’ailleurs cette action comme une première étape. Selon eux, d’autres mécanismes internationaux compétents en matière de droits humains, de détention arbitraire et de protection des libertés fondamentales pourraient être saisis dans les prochains mois.
Cette offensive judiciaire marque un nouveau tournant dans la crise politique camerounaise. Alors que le pouvoir rejette régulièrement les accusations de violations systématiques des droits humains, l’opposition entend désormais déplacer le débat au-delà des frontières nationales, avec l’espoir d’obtenir une reconnaissance internationale des griefs qu’elle dénonce depuis plusieurs mois.
Au-delà de son issue judiciaire, cette procédure pourrait contribuer à renforcer la pression diplomatique autour de la situation des droits humains au Cameroun et raviver les interrogations sur les conséquences de la présidentielle de 2025, dont les séquelles continuent d’alimenter les tensions politiques dans le pays.
La Rédaction



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