CILSS : le Tchad plaide pour une nouvelle offensive régionale contre les vulnérabilités agricoles
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CILSS : le Tchad plaide pour une nouvelle offensive régionale contre les vulnérabilités agricoles

Face à l’accélération des changements climatiques, aux menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire et à la circulation croissante de produits agricoles non conformes, le Tchad veut replacer la coopération régionale au cœur de la réponse sahélienne. À l’occasion de la 41 Journée du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), le pays a appelé à renforcer les mécanismes communs destinés à sécuriser l’agriculture et à protéger les ressources naturelles.

Le message du Président de la République du Tchad et président en exercice du CILSS, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a été livré à N’Djamena par le ministre de la Production et de l’Industrialisation agricoles, Keda Ballah, également ministre coordonnateur du CILSS.

Cette édition, célébrée sous le signe de la réglementation des intrants agricoles et de la protection sanitaire des végétaux, intervient dans un contexte où les systèmes agricoles sahéliens sont soumis à une pression croissante. Derrière la question des pesticides, des engrais et autres produits phytosanitaires se joue en réalité un enjeu plus vaste : produire davantage sans compromettre la santé humaine ni épuiser les écosystèmes.

Pour le chef de l’État tchadien, l’augmentation des rendements agricoles ne peut plus être dissociée de la qualité des productions et de la préservation de l’environnement.

Cette approche traduit une évolution des priorités dans un espace sahélien confronté à la dégradation des terres, aux aléas climatiques et à une demande alimentaire en constante progression. L’objectif n’est donc plus seulement de stimuler la production, mais de construire des filières capables de résister durablement aux chocs.

Le Tchad encourage ainsi les États membres à consolider leurs systèmes de contrôle, à améliorer la surveillance des produits mis sur le marché et à assurer une meilleure traçabilité des intrants agricoles.

L’enjeu est de taille : la présence de pesticides frauduleux ou insuffisamment contrôlés peut affecter les cultures, contaminer les sols et les eaux, mais aussi exposer directement les producteurs et les consommateurs à des risques sanitaires.

Dans cette stratégie régionale, le Comité Sahélien des Pesticides (CSP) occupe une place centrale. Mis en place pour contribuer à l’encadrement et à l’homologation des produits phytosanitaires, le dispositif constitue l’un des instruments régionaux destinés à limiter l’utilisation de substances dangereuses.

Mais les efforts restent confrontés à plusieurs obstacles : fraude, importations clandestines, produits contrefaits ou encore faiblesse des mécanismes nationaux de surveillance.

Le message porté au nom du Président en exercice du CILSS appelle donc à franchir un nouveau cap. Il s’agit de rendre les dispositifs de contrôle plus efficaces, mais également de mieux coordonner les interventions entre les différents espaces communautaires.

Le renforcement des passerelles entre le CILSS, la CEDEAO et l’UEMOA apparaît ainsi comme une nécessité pour éviter que les frontières ne deviennent des failles dans la protection des producteurs et des consommateurs.

La 41ᵉ Journée du CILSS revêt également une dimension historique. Elle coïncide avec les 50 ans de l’Institut du Sahel (INSAH), créé en 1976 à Bamako.

Pendant un demi-siècle, cette institution spécialisée du CILSS s’est affirmée comme un acteur important de la recherche et de la production de connaissances sur les problématiques agricoles, environnementales et alimentaires de la région.

À travers cet anniversaire, le Tchad rend hommage aux générations de chercheurs, d’experts et de techniciens qui ont contribué à mieux comprendre les réalités du Sahel et à proposer des réponses adaptées aux politiques publiques.

Pour les autorités tchadiennes, la recherche ne doit cependant pas rester confinée aux laboratoires. Elle doit se traduire en solutions concrètes pour les agriculteurs, les éleveurs, les transformateurs et les communautés confrontées quotidiennement aux effets du dérèglement climatique.

Au-delà de la commémoration, le message tchadien dessine une ambition plus large : faire de la science, de l’innovation et de la coopération régionale des leviers de souveraineté alimentaire.

Dans une région où la croissance démographique, les perturbations climatiques et les déficits de production peuvent accentuer la dépendance aux importations, la maîtrise des systèmes agricoles devient un enjeu stratégique.

Le Tchad entend ainsi défendre une agriculture à la fois plus productive, plus sûre et plus respectueuse des ressources naturelles. Une transformation qui passe par une meilleure réglementation des intrants, le développement de la recherche, la diffusion de technologies adaptées et le partage des connaissances entre les pays.

À travers cette 41ᵉ Journée, le CILSS rappelle finalement que les défis agricoles ne connaissent pas de frontières. La sécheresse, la dégradation des terres, les ravageurs, les risques phytosanitaires et l’insécurité alimentaire appellent des réponses coordonnées.

La double célébration de la Journée du CILSS et du cinquantenaire de l’INSAH offre donc l’occasion de regarder au-delà du bilan des décennies écoulées.

Pour le Tchad, le prochain défi consiste à transformer les acquis institutionnels et scientifiques en résultats tangibles sur le terrain : des productions plus abondantes, des aliments plus sûrs, des ressources mieux protégées et davantage d’opportunités économiques pour les populations, notamment pour la jeunesse.

Le message est clair : dans un Sahel en pleine mutation, la résilience agricole ne pourra être construite durablement qu’à travers la coopération, la connaissance et une gestion plus responsable des ressources naturelles.

MBAÏLEDE Trésor

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