Le conflit foncier qui oppose depuis plusieurs années des habitants de Farcha Madjorio aux autorités et à divers prétendants à la propriété des terrains a connu un nouveau rebondissement ce vendredi matin. Des dizaines de familles installées sur une parcelle litigieuse située dans le 1er arrondissement de N’Djamena affirment avoir été contraintes de quitter les lieux par des individus se présentant comme les propriétaires légaux du site.
Selon les témoignages recueillis sur place, l’intervention s’est déroulée aux premières heures de la journée, provoquant la stupeur et l’incompréhension parmi les occupants. Pour les habitants concernés, cette action intervient alors même qu’ils estiment bénéficier de décisions de justice reconnaissant leurs droits sur les terrains en question.
D’après M. Fadoul Saleh, représentant du collectif des habitants occupant la parcelle, l’origine du litige remonte à 2008. À cette époque, les autorités communales avaient procédé au déguerpissement de plusieurs occupants de cette zone industrielle de Farcha Madjorio, invoquant le caractère de réserve foncière de l’État.
Contestant cette décision, les personnes concernées avaient engagé une longue bataille judiciaire afin de faire reconnaître leurs droits à partir des documents fonciers qu’elles détenaient. Après plusieurs années de procédure, la justice tchadienne leur a donné raison.
Dans une décision devenue emblématique de la question foncière à N’Djamena, le Tribunal de grande instance avait rejeté l’opposition formulée par la mairie de N’Djamena contre un jugement favorable aux victimes du déguerpissement de décembre 2009.
La juridiction avait notamment reconnu le Dr Ahmat Hamid Gori et 103 autres requérants, ainsi que Yagmy Dalgue Galey et 112 autres intervenants, comme propriétaires légitimes de leurs parcelles. La mairie de N’Djamena avait été condamnée à verser à chacun des bénéficiaires une indemnité de trois millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts.
Les juges avaient également estimé que l’opération de déguerpissement menée à l’époque ne reposait sur aucun fondement légal valable, le décret invoqué par la municipalité ne couvrant pas le site concerné. L’État tchadien et l’ancien délégué communal Ousmane Hissein Makaïla avaient, quant à eux, été mis hors de cause.
Plus récemment, une correspondance du ministère de la Justice datant de 2025 avait demandé l’exécution de l’arrêt rendu par la Cour d’appel de N’Djamena en faveur des déguerpis, relançant les démarches visant à faire appliquer définitivement les décisions judiciaires.
Malgré ces décisions, les habitants affirment se retrouver aujourd’hui dans une situation d’incertitude. Selon leur représentant, les personnes ayant procédé à leur éviction ce vendredi revendiquent la propriété légale de la parcelle, sans que les occupants n’aient obtenu d’explications claires sur les fondements de cette nouvelle intervention.
Face à cette situation, M. Fadoul Saleh appelle les plus hautes autorités du pays à intervenir rapidement afin de faire toute la lumière sur ce dossier et de garantir l’exécution effective des décisions de justice déjà rendues.
« Nous demandons aux autorités compétentes de prendre cette affaire en main pour que nous puissions enfin entrer définitivement en possession de nos droits », a-t-il déclaré.
Ce nouvel épisode remet en lumière la persistance des conflits fonciers dans la capitale tchadienne, où l’exécution des décisions de justice demeure souvent au cœur des préoccupations des citoyens. À Farcha Madjorio, les habitants espèrent désormais qu’une intervention des autorités permettra de mettre un terme définitif à un contentieux qui dure depuis près de deux décennies.
En attendant, plusieurs familles se retrouvent dans l’expectative, suspendues à l’issue d’un dossier devenu l’un des symboles des défis liés à la gouvernance foncière à N’Djamena.
La Rédaction



Laisser un commentaire