L’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’École Nationale d’Administration (ENA) a servi de cadre, ce vendredi, au « Grand Rendez-vous de l’ENA », une rencontre de réflexion consacrée à la gouvernance publique et à la lutte contre la corruption. Invité d’honneur de cette édition, M. Ousmane Abderrahmane Djougourou, Contrôleur général de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), a animé une conférence autour du thème : « Lutte contre la corruption : bâtir une administration efficace au service du citoyen à travers la bonne gouvernance ».
Devant un auditoire composé d’étudiants, d’enseignants, de cadres de l’administration publique et de personnalités institutionnelles, le conférencier a dressé un diagnostic sans complaisance des défis que pose la corruption au développement du Tchad.
Ouvrant les échanges, le modérateur, le Dr Youssouf Tom, ancien ministre de la Justice, a rappelé que la lutte contre la corruption constitue avant tout un engagement en faveur du bien-être des citoyens. Selon lui, ce phénomène n’épargne aucun pays et demeure une réalité mondiale profondément ancrée dans les sociétés humaines.
« La corruption est inhérente à l’humanité. Justement pour cette raison, elle doit être combattue avec détermination », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention et de contrôle.
Prenant la parole, le Contrôleur général de l’AILC a indiqué que le Tchad figure parmi les pays les plus affectés par la corruption, occupant le 167e rang sur 185 pays évalués dans les classements internationaux de perception de la corruption. Toutefois, il a tenu à préciser que la lutte contre ce fléau ne saurait se limiter aux seules sanctions pénales.
« La répression est nécessaire, mais elle ne suffit pas. La prévention, la sensibilisation et la promotion de l’intégrité doivent également être au cœur de notre action », a-t-il affirmé.
Le conférencier a également mis en lumière les immenses potentialités dont dispose le Tchad. Il a cité notamment les importantes réserves en eau douce, dont le vaste lac souterrain encore insuffisamment exploité, ainsi que les ressources pétrolières considérables qui font du pays l’un des territoires les plus prometteurs de la région.
À ces richesses naturelles s’ajoute, selon lui, une autre ressource stratégique : la jeunesse tchadienne. « Avec tous ces atouts, le Tchad devrait figurer parmi les nations les plus prospères. Malheureusement, la corruption freine considérablement son développement », a-t-il regretté.
Abordant les causes profondes du phénomène, M. Djougourou a pointé du doigt les faiblesses du système judiciaire. Pour lui, une justice indépendante, crédible et efficace constitue le premier rempart contre la corruption.
« Un pays où la justice fonctionne correctement est un pays difficile à déstabiliser. L’efficacité de la justice demeure la clé de la bonne gouvernance », a-t-il soutenu.
L’impunité a également été identifiée comme l’un des principaux facteurs favorisant la prolifération des pratiques corruptives. Selon le responsable de l’AILC, l’absence de sanctions encourage la répétition des actes répréhensibles et affaiblit la confiance des citoyens dans les institutions publiques.
Parmi les pistes de solutions évoquées, le Contrôleur général a insisté sur la modernisation de l’administration à travers la digitalisation des procédures. Une transformation qui permettrait de réduire les contacts physiques entre usagers et agents publics, souvent considérés comme des espaces propices aux pratiques de corruption.
« La digitalisation constitue aujourd’hui un outil incontournable pour renforcer la transparence, améliorer l’efficacité des services publics et limiter les risques de corruption », a-t-il expliqué.
Au terme de cette conférence, un message fort s’est dégagé : la corruption ne constitue pas seulement une entrave au développement économique, elle menace également les fondements mêmes de l’État de droit. Pour les intervenants, la construction d’une administration moderne, intègre et performante passe inévitablement par le renforcement de la gouvernance, de la justice et de la responsabilité publique.
Cette rencontre du Grand Rendez-vous de l’ENA aura ainsi offert aux futurs cadres de l’administration tchadienne l’occasion de réfléchir aux défis de la gouvernance et à leur rôle dans l’édification d’un État plus transparent et davantage tourné vers le service du citoyen.
MBAÏLEDE Trésor



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