Au Palais de la Démocratie de Gassi, la séance plénière de ce lundi 22 juin 2026 a pris des allures de véritable test politique pour le ministère de la Production et de l’Industrialisation agricole. Face aux députés, le ministre Keda Balla a dû défendre simultanément l’état d’avancement de la mécanisation agricole et les orientations prévues pour la campagne 2026-2027, dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales et des tensions persistantes dans le monde rural.
Présidée par le 1er vice-président de l’Assemblée nationale, David Houdeingar, la séance s’est déroulée en présence de plusieurs membres de l’exécutif et cadres administratifs. L’exercice de contrôle parlementaire a rapidement dépassé le cadre technique pour s’imposer comme un débat de fond sur la résilience du secteur agricole.
Interpellé sur les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs, le ministre a décrit une situation devenue structurelle plutôt que conjoncturelle. Selon lui, la croissance démographique, l’augmentation du cheptel et les effets du changement climatique exercent une pression croissante sur les ressources naturelles. Cette dynamique entraîne une réduction progressive des espaces de pâturage et fragilise les couloirs de transhumance, souvent insuffisamment respectés.
Dans ce contexte, les affrontements dans les zones rurales ne relèvent plus, selon plusieurs intervenants, de simples incidents isolés, mais traduisent une recomposition difficile de l’usage des terres et des ressources hydriques.
Le ministre a également remis sur la table le programme de mécanisation lancé au début des années 2010, marqué par l’acquisition de plus de deux mille tracteurs de différentes marques internationales, intégrés à l’ancien Programme national de sécurité alimentaire.
Présentant les résultats de cette politique, il a mis en avant une progression significative des surfaces cultivées et des volumes de production, notamment pour les céréales et les oléagineux. Une évolution qu’il attribue en partie à l’accès facilité au labour mécanisé subventionné, qui aurait contribué à transformer les capacités productives de certaines zones agricoles.
Mais le débat n’a pas seulement porté sur le passé. La députée Nodjimadji Rirabé a élargi la discussion à la question de l’avenir du capital humain agricole. Elle a plaidé pour la mise en place d’un programme d’intégration de jeunes diplômés dans le secteur, évoquant un renforcement urgent des effectifs administratifs et techniques du ministère face à des départs massifs attendus à moyen terme.
Au-delà des chiffres, l’élue a surtout insisté sur la situation des campagnes, qu’elle décrit comme fragilisées par des tensions répétées entre communautés rurales, entraînant abandon de terres cultivées et insécurité persistante dans certaines zones.
Entre la défense du bilan gouvernemental et les inquiétudes exprimées au Parlement, cette séance aura mis en lumière une réalité complexe : celle d’un secteur agricole en transformation, pris entre modernisation technique, pressions démographiques et fragilité sociale.
Au cœur des débats, une question demeure sans réponse définitive : comment concilier productivité agricole, stabilité rurale et renouvellement des ressources humaines dans un contexte où les tensions territoriales s’intensifient ?
MBAÏLEDE Trésor



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