Dans un geste politique rare par son ampleur, le Parlement européen a adopté, jeudi 12 mars, une résolution quasi unanime exigeant la libération « immédiate et inconditionnelle » de Mohamed Bazoum, détenu à Niamey depuis le coup d’État militaire du 26 juillet 2023.
Âgé de 66 ans, élu en 2021, l’ancien président nigérien voit son mandat officiellement expirer le 2 avril prochain une échéance que Bruxelles ne veut pas laisser passer dans le silence.
Sur 555 eurodéputés présents, 524 ont voté en faveur de cette résolution non contraignante portée par plusieurs groupes, dont le PPE. Seuls deux élus s’y sont opposés. Le texte condamne fermement la « détention arbitraire » du chef d’État déchu, séquestré avec son épouse dans une aile du palais présidentiel.
Selon les parlementaires, aucune information vérifiable sur son état n’a été rendue publique depuis plus d’un an. Bazoum n’aurait accès ni à un avocat, ni aux visites familiales, et ne recevrait que des soins médicaux restreints.
Avant sa chute, Mohamed Bazoum était considéré comme un partenaire essentiel de l’Europe dans le Sahel : lutte contre le terrorisme islamiste, contre les trafics d’armes et d’êtres humains, stabilisation régionale.
« Nous ne pouvons rester plus longtemps silencieux alors qu’un allié clé de l’Europe est emprisonné », a insisté Christophe Gomart en séance.
Face à cette pression diplomatique, le régime du général Abdourahamane Tiani, au pouvoir depuis le putsch, reste sourd. La junte a prolongé en 2025 la transition d’au moins cinq ans, et maintient l’accusation de « haute trahison » un chef passible de la peine de mort au Niger.
Si la résolution du Parlement européen n’a pas de portée juridique, elle marque une ligne rouge politique : l’Union refuse de normaliser ses relations avec un pouvoir militaire installé durablement, alors que l’insécurité jihadiste continue de ravager la région.
À trois semaines de l’échéance symbolique du 2 avril, l’Europe met la junte face à ses responsabilités.
Reste à savoir si Niamey cédera, ou choisira de défier encore un peu plus la communauté internationale.
La Rédaction



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