Le malaise s’installe durablement dans la presse privée tchadienne. Face à la dégradation de la situation économique des entreprises de médias et à la précarisation croissante des conditions de travail, les principales organisations professionnelles ont décidé de hausser le ton. Réunies ce mercredi à N’Djaména, l’URPT, la PPT, l’AMET et l’AEPT ont lancé un appel ferme aux pouvoirs publics pour obtenir le règlement de l’Aide à la Presse, dont le paiement accuse, selon elles, un retard de deux ans, auquel s’ajoutent des arriérés des exercices précédents.
Dans un communiqué conjoint, les organisations faîtières dressent le constat d’un secteur arrivé à un point de tension critique. Difficultés financières, faiblesse des ressources, conditions de travail de plus en plus contraignantes : les médias privés évoluent dans un environnement qui, selon leurs responsables, compromet leur capacité à fonctionner normalement et à assurer durablement leur mission d’information.
Au centre de la contestation figure l’Aide à la Presse. Pour les organisations professionnelles, son versement ne saurait être assimilé à une faveur accordée au gré des circonstances. Elles rappellent que ce mécanisme repose sur un cadre juridique précis, notamment la loi N°29/PR/94 du 22 août 1994 et le décret N°414/MR/MC/99 du 5 octobre 1999, relatif à la mise en œuvre du Fonds d’Aide à la Presse.
Le retard accumulé dans son paiement constitue ainsi, à leurs yeux, une difficulté majeure pour des entreprises déjà confrontées à un contexte économique particulièrement fragile.
Au-delà de la question financière, les signataires mettent en avant le rôle joué par les médias dans l’information du public, la sensibilisation et la participation citoyenne. Pour eux, soutenir la presse privée revient également à préserver un espace essentiel au débat public.
Les organisations faîtières ne se contentent plus d’un simple rappel des difficultés du secteur. Elles demandent des mesures immédiates et concrètes.
Elles réclament en priorité le paiement de l’Aide à la Presse et la mise en place d’un mécanisme permettant d’en assurer le versement de manière régulière. Elles plaident également pour un renforcement du dispositif de soutien aux médias privés et pour une amélioration des conditions d’exercice des professionnels de la presse.
Autre exigence : l’instauration d’un cadre permanent de dialogue entre les pouvoirs publics et les organisations représentatives du secteur. L’objectif affiché est de dépasser les réponses ponctuelles pour construire des mécanismes susceptibles de garantir la survie et la pérennité des entreprises de médias.
Dans leur déclaration, les organisations professionnelles interpellent directement le Premier ministre et son gouvernement. Elles estiment que l’absence de réponse à leurs revendications serait difficilement compatible avec les engagements pris par le président de la République, chef de l’État, lors de ses échanges avec les professionnels des médias.
Le message adressé aux autorités est donc sans équivoque : la presse privée attend désormais des actes.
Les organisations accordent aux pouvoirs publics un bref délai pour apporter des réponses à leurs préoccupations. Faute d’avancées concrètes, elles annoncent qu’elles pourraient engager des actions légales, pacifiques et concertées, dans le respect des lois et règlements en vigueur.
Parmi les actions envisagées figure notamment la tenue de journées sans presse, auxquelles pourraient s’ajouter d’autres formes de mobilisation professionnelle.
Malgré ce durcissement de ton, les organisations faîtières ne ferment pas la porte aux discussions. Elles réaffirment leur disponibilité à rencontrer les autorités et à rechercher une issue concertée à la crise.
Mais cette volonté de dialogue s’accompagne désormais d’une détermination affichée à défendre les intérêts des entreprises de presse et des professionnels du secteur.
Cette prise de position collective intervient alors que les médias privés tchadiens disent faire face à une accumulation de difficultés qui menace leur équilibre économique. Le contentieux autour de l’Aide à la Presse apparaît ainsi comme le révélateur d’une crise plus profonde, qui touche à la viabilité même du secteur.
Entre appels au dialogue et menace de mobilisation, le bras de fer semble donc entrer dans une nouvelle phase. Les organisations professionnelles veulent croire à une réponse rapide du gouvernement. À défaut, elles annoncent être prêtes à franchir un nouveau cap.
Une chose est désormais certaine : dans la presse privée tchadienne, la patience semble avoir atteint ses limites.
MBAÏLEDE Trésor



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