Une tragédie secoue la ville de Sarh. Trois enfants d’une même famille ont perdu la vie quelques jours seulement après avoir subi une circoncision réalisée dans des conditions non médicalisées. Le drame, survenu au quartier Kissimi, dans le 6ᵉ arrondissement municipal, relance avec force la question des pratiques médicales clandestines et des risques encourus par les enfants.
Tout commence le samedi 22 août 2026. Cinq enfants d’une même famille sont circoncis par un ancien gardien de l’Hôpital provincial Outel Bono. De retour à Sarh pour assister à des funérailles, leur père, qui travaille habituellement à Moundou pour subvenir aux besoins de sa famille, accepte la proposition de son voisin.
Selon son témoignage, les contraintes financières ont pesé lourd dans sa décision. L’homme lui aurait demandé d’acheter des médicaments pour environ 25 000 francs CFA, tandis que la prestation devait être réglée à hauteur de 2 000 francs CFA. Une somme modeste en apparence, mais dont les conséquences allaient s’avérer dramatiques.
Après l’intervention, les premiers signes d’alerte apparaissent rapidement. Les enfants souffrent de douleurs importantes et certains présentent des saignements. Inquiet, leur père contacte celui qui a réalisé la circoncision.
L’ancien agent revient alors auprès de la famille et propose de nouveaux soins, notamment des injections. Mais loin de s’améliorer, l’état de santé des enfants continue de se détériorer.
Le mardi 25 août, deux d’entre eux décèdent. Le troisième, dont l’état nécessite une évacuation vers l’Hôpital provincial Outel Bono, succombe à son tour le mercredi 26 août.
En quelques jours, une décision prise dans un contexte de difficultés financières se transforme ainsi en un drame familial aux conséquences irréversibles.
À l’hôpital provincial, les médecins alertent sur la gravité de la situation. Le Dr Nande Doubre Modeste, responsable de l’unité de néonatologie, indique que les enfants admis présentaient des signes faisant suspecter une infection sévère, notamment un possible tétanos.
Cette maladie bactérienne peut se développer lorsqu’une plaie est contaminée par la bactérie Clostridium tetani. Le risque est particulièrement préoccupant lorsque les gestes sont pratiqués avec du matériel insuffisamment stérilisé ou dans un environnement qui ne répond pas aux normes d’hygiène.
Pour le médecin, la circoncision ne doit pas être considérée comme un simple geste communautaire. Il s’agit d’un acte chirurgical qui exige des compétences, du matériel approprié et des conditions strictes d’asepsie.
Le message adressé aux familles est donc sans ambiguïté : face à un acte médical, l’économie réalisée sur les frais de soins ne doit jamais primer sur la sécurité de l’enfant.
L’affaire est désormais entre les mains des autorités. L’ancien gardien de l’Hôpital provincial Outel Bono, présenté comme la personne ayant pratiqué les circoncisions, a été interpellé et placé à la Brigade de recherches de Sarh.
Son audition devrait permettre aux enquêteurs de déterminer les circonstances exactes des interventions, les produits utilisés et les conditions dans lesquelles les cinq enfants ont été pris en charge.
Le corps du troisième enfant décédé a, selon son père, été transféré à la morgue de Sarh sur instruction du commissaire central.
Cette affaire dépasse le cadre d’un simple fait divers. Elle met en lumière la vulnérabilité de certaines familles confrontées aux difficultés économiques et susceptibles de privilégier des solutions de proximité pour réduire les dépenses de santé.
À Sarh, la mort de ces trois enfants constitue surtout un douloureux rappel : un acte médical réalisé en dehors des structures habilitées peut transformer une intervention considérée comme banale en urgence vitale.
Pour les professionnels de santé, la prévention reste essentielle. Informer les parents sur les risques liés aux interventions clandestines, renforcer l’accès aux soins et lutter contre les pratiques médicales non autorisées apparaissent comme des impératifs pour éviter que d’autres familles ne connaissent une tragédie similaire.
MBAÏLEDE Trésor



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