Entre l’appel à la retenue lancé par le Médiateur de la République, les revendications des cadres du Tibesti en faveur d’une paix durable et le démenti du gouvernement sur de nouvelles explosions présumées de véhicules militaires, la situation à Miski révèle les fragilités du processus de réconciliation dans cette zone aurifère du nord du pays.
La situation sécuritaire à Miski, dans la province du Tibesti, remet au premier plan les défis de la pacification des zones minières du nord du Tchad. Alors que les appels au calme se multiplient, les autorités sont confrontées à une équation délicate : prévenir une nouvelle escalade militaire, préserver l’autorité de l’État et donner des garanties concrètes aux populations locales pour consolider une paix durable.
Le mardi 20 octobre 2026, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, a démenti les informations faisant état de la destruction de deux véhicules militaires par des mines dans la zone de Miski. À ce stade, aucun élément indépendant ne permet de confirmer ces informations. Ce démenti intervient toutefois dans un climat de tension alimenté par les affrontements du 14 octobre dernier entre des éléments de la Brigade nationale de contrôle des activités minières et des membres du comité d’autodéfense de Miski.
Un démenti officiel qui ne dissipe pas les inquiétudes
La mise au point du porte-parole du gouvernement vise à rectifier des informations dont la véracité n’est pas établie. Dans un contexte sécuritaire sensible, la diffusion de nouvelles non vérifiées peut alimenter les inquiétudes, accentuer les tensions et compliquer les efforts de désescalade.
Cependant, le démenti relatif aux deux véhicules militaires ne saurait, à lui seul, occulter la gravité des affrontements déjà signalés dans la région. Selon le bilan communiqué par l’état-major général des armées, les combats du 14 octobre ont coûté la vie à deux officiers et fait neuf blessés dans les rangs de la Brigade minière.
L’armée a attribué l’attaque au comité d’autodéfense de Miski, lui demandant de déposer les armes et avertissant qu’un refus serait considéré comme un acte de rébellion.
Cette position traduit la volonté des autorités de réaffirmer leur contrôle sur le territoire. Mais elle soulève également une question fondamentale : comment restaurer durablement la sécurité sans compromettre les possibilités de dialogue avec les acteurs locaux ?
Dans une province marquée par des tensions autour de l’exploitation aurifère, la réponse ne peut reposer exclusivement sur le rapport de force. Elle suppose aussi une stratégie politique capable de traiter les causes profondes des confrontations.
La Médiature appelle à la retenue, les cadres du Tibesti réclament une paix durable
Face à cette dégradation du climat sécuritaire, le Médiateur de la République, Amb. Saleh Kebzabo, a appelé les différentes parties à privilégier le dialogue et à faire preuve de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade.
Parallèlement, les cadres du Tibesti ont exprimé, dans un communiqué, leur préoccupation face à la situation et réclamé une paix durable. Ces prises de position convergent vers une même exigence : empêcher que les événements de Miski ne débouchent sur un cycle prolongé de violences.
L’appel de la Médiature revêt une importance particulière. Il rappelle que les mécanismes de médiation demeurent indispensables lorsque les relations entre les autorités et des groupes locaux se détériorent. La retenue constitue une première étape, mais elle ne peut être une fin en soi. Pour produire des résultats, elle doit ouvrir la voie à des négociations structurées, à des engagements réciproques et à un dispositif de suivi crédible.
De leur côté, les revendications des cadres du Tibesti traduisent la nécessité de dépasser les réponses immédiates à la crise. Une paix durable ne signifie pas simplement l’absence de tirs ou d’affrontements. Elle implique également la restauration de la confiance, la clarification des responsabilités, le respect des engagements pris et la recherche de solutions acceptables aux différends locaux.
La convergence de ces appels constitue donc une occasion de relancer le processus politique. Encore faut-il que les déclarations soient suivies d’initiatives concrètes sur le terrain.
L’accord du 20 avril 2025 : le maillon faible du processus de paix ?
L’un des principaux enjeux de la crise réside dans la mise en œuvre de l’accord de paix signé le 20 avril 2025 entre le gouvernement et le comité d’autodéfense de Miski, sous l’égide de la Médiature de la République.
Cet accord prévoyait notamment le désarmement des combattants, leur éventuelle intégration dans les forces de défense et de sécurité, ainsi que des dispositions relatives à l’exploitation de l’or.
Un accord de paix ne se limite pas à la signature d’un document. Sa crédibilité repose sur des institutions de suivi opérationnelles, des échéances précises, des responsabilités clairement définies et des moyens permettant de résoudre les différends avant qu’ils ne dégénèrent en affrontements.
L’absence d’un mécanisme de suivi effectif, si elle est avérée, pourrait ainsi avoir laissé subsister des incompréhensions et des désaccords sans cadre suffisamment solide pour les régler. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, d’expliquer l’ensemble des violences survenues à Miski.
La priorité consiste désormais à évaluer objectivement l’application de l’accord, à identifier les engagements restés en suspens et à réactiver un cadre de concertation réunissant les parties concernées.
L’or, au cœur d’une équation sécuritaire et politique
À Miski, la question sécuritaire est étroitement liée aux enjeux économiques entourant l’exploitation aurifère. Le contrôle des sites miniers, les conditions d’exploitation et les rapports entre les autorités et les acteurs locaux constituent des facteurs sensibles dans cette zone du Tibesti.
L’or représente une ressource économique importante, mais il peut également devenir une source de rivalités lorsque les règles de son exploitation, les responsabilités de contrôle et les intérêts des différentes parties ne font pas suffisamment consensus.
Dans ce contexte, la sécurisation des sites miniers ne peut être dissociée de la gouvernance de l’activité aurifère. Le recours aux forces de sécurité peut répondre à des impératifs légitimes de maintien de l’ordre et d’application de la loi. Toutefois, pour éviter que les opérations de contrôle ne deviennent de nouveaux foyers de confrontation, elles doivent s’inscrire dans un cadre transparent, prévisible et accompagné d’un dialogue politique.
Une solution durable devrait donc associer les autorités administratives, les responsables sécuritaires, les représentants locaux et les acteurs concernés par l’exploitation minière. L’objectif serait de clarifier les règles applicables, de prévenir les incidents et de créer des mécanismes de règlement des différends.
Entre fermeté de l’État et dialogue : quelle stratégie pour sortir de l’impasse ?
La crise de Miski place les autorités devant un double impératif. D’une part, l’État doit assurer la sécurité des personnes, protéger ses agents et faire respecter la loi. D’autre part, il lui appartient de créer les conditions politiques nécessaires pour éviter que la confrontation ne s’installe durablement.
Une réponse exclusivement sécuritaire risque de traiter les manifestations immédiates de la crise sans nécessairement régler les désaccords qui l’alimentent. À l’inverse, un dialogue dépourvu d’engagements vérifiables pourrait fragiliser davantage la confiance dans les institutions.
La sortie de crise exige donc une approche combinant fermeté encadrée par le droit, négociations inclusives et suivi rigoureux des engagements.
Plusieurs mesures apparaissent prioritaires : la mise en place effective du comité de suivi de l’accord de 2025, l’ouverture de consultations avec les représentants locaux, la clarification des dispositions relatives à l’exploitation aurifère et l’établissement de mécanismes de vérification des incidents sécuritaires.
La communication publique constitue également un enjeu central. Dans une zone difficile d’accès, où les informations indépendantes sont rares, les autorités et les autres parties gagneraient à privilégier des communications précises, vérifiables et régulières. Cela permettrait de limiter les rumeurs sans minimiser les faits établis.
Miski, un test pour la crédibilité du processus de réconciliation
Au-delà des informations démenties sur les deux véhicules militaires, la situation de Miski pose une question plus profonde : le processus de paix engagé en avril 2025 dispose-t-il des moyens politiques et institutionnels nécessaires pour résister aux crises ?
Les appels à la retenue du Médiateur Saleh Kebzabo et les revendications des cadres du Tibesti en faveur d’une paix durable offrent une possibilité de désescalade. Mais leur portée dépendra de la capacité des acteurs à transformer ces prises de position en décisions concrètes.
L’enjeu n’est pas seulement de faire taire les armes. Il est de reconstruire un cadre de confiance dans lequel les différends peuvent être réglés sans violence, où les engagements sont respectés et où la gestion des ressources minières ne devient pas un facteur permanent d’instabilité.
À Miski, la paix ne pourra être durable si elle demeure suspendue à des déclarations sans mécanismes d’application. Elle nécessitera une volonté politique constante, une médiation crédible et des garanties vérifiables pour toutes les parties.
La véritable épreuve pour les autorités tchadiennes sera donc de transformer l’urgence sécuritaire en une opportunité de relancer le dialogue. Car si le démenti officiel peut corriger une information contestée, seule une démarche politique cohérente pourra répondre aux causes profondes de la crise et empêcher que Miski ne replonge dans un nouvel épisode de violences.
MBAÏLEDE Trésor



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