Tchad : de la paix au budget 2027, l’Assemblée nationale appelée à passer des discours aux actes
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Tchad : de la paix au budget 2027, l’Assemblée nationale appelée à passer des discours aux actes

L’Assemblée nationale a ouvert, ce mardi au Palais de la démocratie, à N’Djamena, sa deuxième session ordinaire de l’année 2026. Présidée par Ali Kolotou Tchaïmi, cette rentrée parlementaire intervient dans un contexte marqué par des défis majeurs : violences intercommunautaires, tensions aux frontières, réforme institutionnelle, préparation du budget 2027 et impératifs de développement.

Au-delà du caractère solennel de la cérémonie, le discours du président de l’Assemblée nationale a dressé une véritable feuille de route pour les députés. L’enjeu est désormais de transformer les attentes recueillies durant l’intersession en décisions législatives et en actions de contrôle au service des citoyens.

Le Parlement appelé à rester connecté aux réalités du terrain

Dans son intervention, Ali Kolotou Tchaïmi a insisté sur la nécessité pour les parlementaires de rester au contact des populations. Les déplacements effectués dans les circonscriptions pendant l’intersession doivent, selon lui, permettre de faire remonter au sein de l’Hémicycle les préoccupations, inquiétudes et aspirations des citoyens.

Cette proximité est présentée comme l’une des conditions d’un Parlement « utile », capable d’exercer pleinement ses missions constitutionnelles de législation, de contrôle de l’action gouvernementale et d’évaluation des politiques publiques.

La paix et la cohésion nationale au cœur des préoccupations

L’ouverture de cette session intervient également dans un climat préoccupant, marqué par de nouvelles violences intercommunautaires dans la province du Batha. Le président de l’Assemblée nationale a condamné fermement ces affrontements et appelé à la retenue, au dialogue et à la responsabilité.

Pour la représentation nationale, la répétition de ces violences constitue un signal d’alerte. La paix entre les communautés ne peut être considérée comme une simple ambition politique : elle demeure une condition essentielle de la stabilité et de l’avenir du pays.

Le discours a également salué les mesures de clémence prises en août 2026, présentées comme des actes participant à la politique d’apaisement et de réconciliation nationale.

Budget 2027 : le prochain grand test du Parlement

Parmi les dossiers majeurs attendus au cours de cette session figure l’examen du projet de loi de finances pour l’exercice 2027. C’est probablement l’un des principaux rendez-vous de cette rentrée parlementaire.

Le président de l’Assemblée nationale a appelé les députés à examiner ce budget avec « responsabilité » et dans un esprit constructif. Les priorités annoncées sont particulièrement sensibles pour les populations : amélioration des conditions de vie, accès aux services essentiels, emploi des jeunes, désenclavement, décentralisation et bonne gouvernance.

Derrière les chiffres du futur budget se jouera donc une question fondamentale : dans quelle mesure les ressources publiques répondront-elles concrètement aux besoins des citoyens ?

Le rappel selon lequel « chaque franc de l’État appartient au peuple tchadien » place également la question du contrôle parlementaire au centre des responsabilités des députés.

Le recensement général ouvre de nouvelles perspectives

Autre fait marquant évoqué lors de la cérémonie : l’achèvement, le 6 août dernier, du Troisième Recensement général de la population et de l’habitat.

Réalisée sous la conduite de l’INSEED dans les 23 provinces, l’opération a recensé plus de 4,3 millions de ménages et constitue, selon le président de l’Assemblée nationale, une étape importante pour améliorer la connaissance démographique du pays et orienter les politiques publiques.

L’étape suivante sera déterminante : assurer un traitement rigoureux des données et publier les résultats définitifs afin qu’ils puissent réellement servir à la planification du développement, à l’aménagement du territoire et à l’évaluation des politiques publiques.

Aux frontières, N’Djamena hausse le ton

La question sécuritaire occupe également une place importante dans cette rentrée parlementaire. L’Assemblée nationale a dénoncé les frappes aériennes attribuées aux Forces armées soudanaises qui ont atteint le territoire tchadien, dans la province de l’Ennedi-Est, le 20 août dernier.

Le message du Parlement est sans ambiguïté : le territoire tchadien ne doit pas devenir le prolongement du conflit soudanais. Tout en réaffirmant son soutien aux autorités et aux forces de défense et de sécurité, l’Assemblée appelle les parties au conflit à respecter les frontières du Tchad et à privilégier une issue pacifique.

Cette position souligne un enjeu stratégique pour N’Djamena : préserver l’intégrité territoriale du pays tout en évitant que la guerre au Soudan ne déstabilise davantage les zones frontalières.

Souveraineté judiciaire et repositionnement international

Le discours a également mis en avant la décision du Tchad de notifier, le 27 juillet 2026, son retrait du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

L’Assemblée nationale affirme soutenir cette décision, présentée comme une affirmation de la souveraineté du pays en matière judiciaire. Le discours insiste toutefois sur le fait que ce choix ne devrait pas être interprété comme un renoncement à la lutte contre l’impunité, mais comme une volonté de privilégier les juridictions nationales et les mécanismes africains.

Ouverture africaine et diplomatie parlementaire

Sur le plan régional, la rentrée parlementaire intervient après plusieurs initiatives destinées à renforcer la coopération africaine.

Le Forum africain de l’eau organisé à N’Djamena en juillet, la décision annoncée de supprimer les visas d’entrée au Tchad pour les ressortissants africains à compter du 1er janvier 2027, ainsi que les avancées de la coopération avec l’Égypte témoignent, selon l’Assemblée nationale, d’une volonté d’ouverture et d’intégration régionale.

La diplomatie parlementaire s’est également illustrée par la participation du Tchad à plusieurs rencontres africaines et internationales, notamment dans l’espace sahélien, au Parlement panafricain et dans les discussions internationales consacrées à la désertification.

Un nouveau code d’éthique pour les députés

Autre annonce notable : l’Assemblée nationale prévoit de renforcer son cadre de conduite parlementaire, avec l’élaboration prochaine d’un Code d’éthique et de déontologie des députés.

Cette initiative intervient alors que la communication politique s’intensifie sur les réseaux sociaux. Ali Kolotou Tchaïmi a appelé les élus à davantage de rigueur dans leur prise de parole publique, estimant que la liberté attachée au mandat parlementaire doit aller de pair avec la responsabilité, l’éthique et le respect des personnes et des institutions.

L’objectif affiché n’est donc pas de réduire la liberté d’expression des parlementaires, mais de mieux encadrer son exercice et de privilégier les mécanismes institutionnels prévus par la Constitution : questions au gouvernement, commissions d’enquête, motions de censure et évaluation des politiques publiques.

Une session sous le signe de la responsabilité

Au terme de son allocution, le président de l’Assemblée nationale a placé cette nouvelle session sous le signe de l’écoute, du devoir et du consensus.

Entre la préparation du budget 2027, la consolidation de la paix, le contrôle de l’action gouvernementale, la protection du territoire national et la modernisation des pratiques parlementaires, les députés auront plusieurs dossiers sensibles sur la table.

Cette deuxième session ordinaire de 2026 apparaît ainsi comme un moment important pour mesurer la capacité de l’institution parlementaire à traduire les grandes orientations politiques en réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des Tchadiens. Au-delà des discours, le véritable enjeu sera désormais celui des résultats.

MBAÏLEDE Trésor

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