Face à la complexité croissante des besoins humanitaires, le Tchad franchit une nouvelle étape dans l’organisation de sa réponse aux crises. Le gouvernement vient d’instituer un Cadre national de concertation humanitaire (CNCH), destiné à rapprocher les autorités publiques et les acteurs humanitaires autour d’un même objectif : mieux protéger les populations vulnérables et rendre l’aide plus cohérente, plus efficace et davantage alignée sur les priorités nationales.
Créé par l’arrêté n°8894/PR/PM/MASSNAH/2026, signé le 4 août 2026 par le Premier ministre, chef du gouvernement, Amb. Allah-Maye Halina, le CNCH se veut désormais l’espace stratégique de dialogue entre l’État et les partenaires engagés dans l’action humanitaire.
Au-delà de la création d’une nouvelle structure administrative, le dispositif traduit la volonté des autorités de renforcer le leadership national dans la conduite de la réponse humanitaire. L’enjeu est de parvenir à une action mieux concertée, capable de répondre aux urgences tout en tenant compte des réalités et des priorités du pays.
Le CNCH devra notamment veiller à la cohérence de la mise en œuvre du Plan national de réponse humanitaire, du Plan régional de réponse aux réfugiés, du dispositif de réponse aux crises à l’Est ainsi que du Plan national de contingence.
Cette architecture vise surtout à éviter la dispersion des interventions et à favoriser une meilleure complémentarité entre les différents acteurs. Pour les populations touchées par les déplacements, les crises, l’insécurité alimentaire, les catastrophes ou les effets des changements climatiques, l’objectif est concret : faire en sorte que l’aide arrive au bon endroit, au bon moment et réponde réellement aux besoins.
Le nouveau cadre entend également instaurer un climat de confiance entre les pouvoirs publics et les organisations humanitaires. Le partage d’informations, la communication et le dialogue institutionnel figurent ainsi parmi ses principales priorités.
Le CNCH aura pour mission de faciliter la résolution des difficultés rencontrées par les acteurs humanitaires dans leurs opérations quotidiennes, mais aussi d’identifier les obstacles qui ralentissent la mise en œuvre des interventions.
Cette démarche doit permettre de passer d’une logique d’interventions parfois dispersées à une approche davantage intégrée, où les décisions sont prises sur la base d’informations partagées et d’une compréhension commune des réalités du terrain.
Autre ambition affichée : rapprocher l’urgence humanitaire des politiques publiques. Le CNCH devra promouvoir l’alignement des interventions sur les priorités nationales et les stratégies gouvernementales, tout en renforçant le suivi conjoint des actions engagées.
Cette orientation prend une importance particulière dans un pays confronté à des crises multiples et parfois prolongées. L’enjeu n’est plus seulement de répondre à l’urgence, mais aussi de préparer les conditions d’un relèvement durable.
C’est pourquoi le dispositif prévoit également de renforcer la transition entre action humanitaire et développement, afin que les réponses apportées aux populations ne restent pas cantonnées à la gestion immédiate des crises.
Le CNCH sera présidé par la Ministre de l’Action sociale, de la Solidarité nationale et des Affaires humanitaires. Le Coordinateur du Système des Nations unies et Coordonnateur humanitaire au Tchad en assurera la première vice-présidence, tandis que le Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger occupera la deuxième vice-présidence.
La composition du cadre illustre la volonté d’adopter une approche multisectorielle. Plusieurs départements ministériels y seront représentés, notamment ceux chargés des finances, du budget et de la coopération internationale, de l’administration du territoire, de la défense, de l’aménagement du territoire, de la femme et de la petite enfance, de l’éducation, de l’eau et de l’énergie, de l’agriculture, de l’élevage ainsi que de l’environnement.
Des institutions et partenaires humanitaires y participeront également, dont la Commission nationale d’accueil, de réinsertion des réfugiés (CNARR) et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Pour donner une dimension opérationnelle à cette nouvelle architecture, un Comité technique de suivi (CTS) est institué sous la supervision du ministère de l’Action sociale, de la Solidarité nationale et des Affaires humanitaires.
Ce comité sera chargé de la coordination technique, du suivi des orientations arrêtées par le CNCH et de la préparation de ses travaux. Il sera co-coordonné par le Directeur général des Affaires humanitaires, le Secrétaire permanent de la CNARR et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
L’objectif est de créer une chaîne de coordination plus fluide entre la décision stratégique et la réalité opérationnelle.
À travers ce mécanisme, le Tchad cherche ainsi à consolider une gouvernance humanitaire fondée sur la coordination, la responsabilité et la proximité avec les communautés affectées.
Le véritable test de ce nouveau cadre se mesurera toutefois sur le terrain : dans sa capacité à réduire les lenteurs, à mieux cibler les besoins, à améliorer la complémentarité des interventions et surtout à faire entendre davantage la voix des populations bénéficiaires.
Dans un contexte où les crises humanitaires peuvent se prolonger et se superposer, le CNCH entend poser les bases d’une réponse plus structurée. Derrière les mécanismes institutionnels, l’ambition reste avant tout humaine : transformer la coordination en résultats concrets pour celles et ceux qui attendent de l’aide, de la protection et des perspectives de reconstruction.
MBAÏLEDE Trésor



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