Tchad : Le Président Mahamat Idriss Déby Itno recadre la querelle ouverte entre magistrats et exécutif
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Tchad : Le Président Mahamat Idriss Déby Itno recadre la querelle ouverte entre magistrats et exécutif

La tension ne retombe pas entre les magistrats et le gouvernement après les propos jugés « outranciers » tenus le 22 mai par le Ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration. Réunis en assemblée générale le 26 mai 2026, les magistrats ont décidé de maintenir leur action judiciaire contre le ministre, tout en appelant le Chef de l’État à garantir le bon fonctionnement du pouvoir judiciaire.

Jeudi 28 mai, le Président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, est finalement sorti de son silence. Dans un message publié sur sa page officielle Facebook, il a tenu à recadrer le débat, en rappelant les fondements démocratiques et les principes de séparation des pouvoirs.

Dans son adresse, le Chef de l’État insiste d’abord sur la liberté d’expression, qui ne saurait être réservée à une catégorie d’acteurs publics :

« Dans une démocratie, la liberté d’expression s’exerce sans exclusion… Lorsque des magistrats investis d’une responsabilité publique n’acceptent pas la critique, cela peut fragiliser les principes de notre contrat social. »

Le président défend ainsi l’idée qu’aucune institution, fût-elle judiciaire, n’est au-dessus du débat public. Il souligne même que l’esprit républicain suppose l’acceptation de la contradiction, y compris lorsque celle-ci émane d’un membre du gouvernement.

Pour appuyer sa position, le Chef de l’État évoque une réforme qu’il présente comme une garantie de l’indépendance judiciaire : le retrait de la présidence du Conseil supérieur de la magistrature par le Président de la République.

« C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis investi afin que le président de la République ne préside plus le Conseil supérieur de la magistrature, dans le but de garantir l’effectivité de la séparation des pouvoirs. »

Ce rappel vise clairement à montrer que l’exécutif a déjà consenti à s’éloigner de la sphère judiciaire pour renforcer son autonomie.

Autre élément important : le président défend le Ministre de la Sécurité, en affirmant que ce dernier « n’a ni critiqué la justice, ni l’ensemble des magistrats ». Une manière de relativiser la portée des propos qui ont déclenché la colère de la corporation judiciaire.

La sortie présidentielle cherche donc à désamorcer une crise institutionnelle en mettant en avant le sens de la mesure, tout en rappelant que la justice, elle aussi, doit accepter le débat républicain.

Le Chef de l’État a également glissé un message à l’égard des syndicats de magistrats, dont l’implication dans cette affaire a été particulièrement visible :

« Le syndicalisme fait partie intégrante de la démocratie. Toutefois, défendre un individu ou un groupe ne doit pas conduire à soutenir des comportements qui ne sont pas sains ou qui sont contraires aux valeurs de justice et d’éthique. »

Un avertissement subtil, mais clair : la solidarité corporatiste ne doit pas se transformer en protection de dérives.

Malgré l’intervention présidentielle, la décision des magistrats de maintenir la procédure contre le ministre maintient la pression. Le bras de fer entre l’exécutif et une partie de la magistrature s’installe, sur fond de débats sensibles autour de l’indépendance de la justice, du respect des institutions et de la liberté d’expression des responsables publics.

Dans ce climat électrique, le message présidentiel se veut un appel à la responsabilité. Reste à savoir s’il suffira à ramener la sérénité au sein des institutions.

MBAÏLEDE Trésor

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