Le pouvoir tchadien passe à l’offensive face à la montée des violences intercommunautaires qui secouent régulièrement l’est du pays. Le président Mahamat Idriss Déby Itno a ordonné le lancement d’une nouvelle opération de désarmement dans plusieurs zones jugées explosives, dont la province du Wadi Fira, où les tensions tribales ressurgissent au rythme des armes qui circulent librement. Une manière pour le chef de l’État de réaffirmer l’autorité publique dans des régions où l’État peine parfois à faire respecter sa loi.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en 2011, une partie du Sahel vit sous l’emprise d’armes disséminées en masse après l’implosion de la Libye. Le Tchad n’y a pas échappé : pistolets automatiques et fusils d’assaut se retrouvent entre les mains de civils, attisant braquages, représailles et rivalités communautaires jusque dans les faubourgs de N’Djamena. À ce terreau déjà instable s’ajoute la guerre qui ravage le Soudan, dont les secousses franchissent chaque jour une frontière longue et difficile à surveiller.
En visite à Yigot, dans le Dar-Tama, quelques jours après un affrontement meurtrier, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé l’importation du conflit soudanais sur le territoire tchadien, assurant que les violences survenues dans la localité sont directement liées au chaos qui oppose à Khartoum l’armée du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide. Le président affirme que cette guerre régionale alimente un trafic d’armes incontrôlé et transforme un conflit politique soudanais en tensions ethniques importées, particulièrement ressenties dans quatre provinces : l’Ennedi Est, le Wadi Fira, le Ouaddaï et le Sila.
Loin de limiter ses accusations au seul voisin de l’Est, le chef de l’État a aussi pointé du doigt certains membres de la diaspora, qu’il accuse de jeter de l’huile sur le feu depuis l’étranger. Selon lui, des messages incendiaires circulant sur les réseaux sociaux contribueraient à enflammer des zones déjà fragilisées, au profit d’intérêts extérieurs et pour « quelques dollars ».
Face à la multiplication des incidents, les autorités tchadiennes promettent un durcissement de leur dispositif sécuritaire. Le gouvernement prévoit de renforcer la présence militaire le long de la frontière, de mettre en place une commission spécifiquement chargée du désarmement et d’accélérer la récupération des armes illégales. Entre 15 000 et 16 000 pièces ont déjà été saisies depuis le début de la transition, un chiffre qui témoigne de l’ampleur du défi.
Le Président a par ailleurs salué l’action rapide menée à Yigot par les forces de sécurité et les autorités locales, rappelant qu’il se rend systématiquement sur les lieux frappés par la tragédie, comme ce fut le cas à Abéché, au Guéra ou encore à Kourou Bougoudi. Un message clair : l’État veut montrer qu’il ne reste pas passif face à la spirale meurtrière.
S’adressant aux chefs traditionnels, le président a tenu un discours ferme. Il leur a rappelé leur responsabilité dans la gestion des conflits et la préservation de la cohésion sociale, les invitant à s’engager pleinement ou à laisser la place. Il a également exhorté les communautés frontalières à ne pas se mêler aux luttes qui ensanglantent les pays voisins, tout en appelant la communauté internationale, notamment l’ONU et l’Union africaine, à intensifier ses efforts pour éteindre l’incendie soudanais. Selon les autorités, près de deux millions de réfugiés venus du Soudan se trouvent aujourd’hui au Tchad, une pression humanitaire qui pèse de plus en plus lourd.
Malgré la gravité de la situation, le président tchadien se veut confiant. Il assure que les mesures engagées permettront d’inverser la tendance. Reste à savoir si cette nouvelle opération de désarmement réussira là où les précédentes ont échoué, dans un pays où chaque arme retirée de la circulation fait reculer un peu la violence, mais où chaque conflit régional peut en faire surgir des centaines d’autres.
La Rédaction



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